Mysterious School est un lycée où des choses étranges s'y passent ..
 
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 Weird tales

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Edward Henry

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MessageSujet: Weird tales   Weird tales Icon_minitimeJeu 24 Mar - 22:26

Assis dans un coin de la salle des professeurs, je sirote un café aussi noir que mon humeur. Il commence à être bien froid, mais cela n'empire rien, il était déjà détestable avant. Je retiens un soupir. Mais qu'est-ce que je fais ici ?...

Dès mon arrivée dans l'établissement, les choses ont commencé à aller de travers. Bon, il est vrai que je m'attendais à être surpris, mais si seulement les choses en étaient restées à mes problèmes d'accommodation à la magie ambiante… Mais non, il a fallu que l'ensemble de la structure prenne l'allure d'une mécanique absurde. Mitsuki et ses responsabilités aberrantes. Miss Mikori et ses allures d'évaporée. L'administration absente, les professeurs démissionnaires et les élèves je-m'en-foutistes.

Je jette un regard en biais à Cristale, perchée sur l'armoire comme à son habitude. Pourquoi donc faut-il que je traîne en permanence une fée accrochée à mes basques ? La salle est déserte, mes collègues sont soit en cours soit… ailleurs, dieu sait où. Heureusement que Cristale est finalement plutôt sympathique. Je serais devenu dingue sous la surveillance d'une espionne de ma chère présidente du comité.

Je soupire. Je n'ai même pas de vraie raison d'en vouloir à Mitsuki. Elle ne fait que son devoir, avec sérieux et application. Seulement, si je tenais l'abruti qui a jugé bon de donner ce genre de devoir à une élève… Probablement l'un de ces mystérieux directeurs, soi-disant absents, et à mon avis plutôt complètement tarés ! Pour laisser l'école dans cet état et s'amuser à distribuer des ordres au compte-goutte au travers de lettres non signées… Les professeurs ici sont soit trop focalisés sur leurs cours pour prêter attention à ce qu'il se passe, soit trop blasés pour s'en préoccuper encore. J'ai été estomaqué de découvrir à quel point ces gens paraissent creux. Une lettre anonyme ? Normal, suivons donc ses directives… Je ne comprends décidément pas.

Coup d'œil dégoûté vers mon gobelet. Non, vraiment infect. Je me lève et vais jeter le fond de café dans l'évier. Le fait que je sois le seul être "normal" ici ne m'a pas été d'un grand service. La plupart des élèves sont ici pour apprendre à maîtriser leur pouvoir, et n'en ont strictement rien à faire des mathématiques, alors si en plus le prof n'a pas les moyens de leur tenir tête… Non pas que j'en sois venu aux mains. Mais j'ai clairement lu du mépris dans les yeux de certains, qui ne cherchaient pas à s'en cacher.

Pas d'administration, spirituellement parlant pas de professeurs, pas d'élèves agréables… Pour moi, ce lycée est un désert.
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Haruhi Loralee

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MessageSujet: Re: Weird tales   Weird tales Icon_minitimeSam 26 Mar - 20:01

Déserts. Les couloirs étaient déserts. Les élèves étaient probablement en cours, ou absorbés par leurs petites histoires personnelles. Pas un son ; peut-être un bruit de pas ? Ou était-ce simplement le vent ? Ou bien encore ces murmures incessants, ceux de l'extérieur, ceux du mur, les rationnels bien qu'ils ne le soient guère plus que les autres, au final sont qui étaient ancrés ici. Mais non, pas ceux-là. Les autres. C'étaient les autres, les plus gênants, les plus effrayants, les plus insurmontables. Ceux qui ne vous lâchent pas une fois que vous les avez entendus. Ceux auxquels vous pensez quand vous ne pensez plus à rien. Ceux qui vous suivent et vous trouvent, jusque dans vos rêves... à moins que ce ne soit là où vous les avez découverts pour la première fois, bien sûr ; ce sera simplement une suite, une répétition d'un concert auquel vous n'assisterez jamais. Du moins en tant que vous-même, ce qui revient malheureusement au même, non ?... Enfin, cela devait être le vent en fin de compte. Cela ne pouvait pas en être autrement. Pourquoi est-ce que quelque chose changerait autant du jour au lendemain ? Le monde ne pouvait pas s'écrouler en six heures de sommeil agité après tout. Donc c'était le vent. Logique. Alors pourquoi ce pincement au coeur, comme si tout cela clochait désespérément sans que personne ne le remarque ?

Celui dont même le prénom semblait anormal à ses propres yeux se les frotta une fois de plus. Il n'avait jamais aussi mal dormi de sa vie entière. Même avant, lors de la belle époque, quand il était jeune, et même à la fin de celle-ci, le jour même, il s'était réveillé dans un meilleur état. Là, tout semblait être affreusement banal, d'une banalité oppressante. C'était normal et ce ne l'était pas à la fois. Pourquoi était-il dans le couloir déjà ?... Très bonne question. Le jeune homme -à moins que ce ne soit une jeune fille, cela ne comptait plus vraiment- apposa sa main droite sur le mur le plus proche. Froid. Solide. Lisse. Réel. Les décors étaient très bien faits, n'est-ce pas ?... L'idée réjouit étrangement le soudain metteur en scène. Il avait plutôt l'habitude d'être un comédien ; mais n'avait-il pas été qu'un personnage jusqu'à présent ? Le plafond semblait haut, et les fenêtres s'ouvraient toutes beaucoup trop grand. S'il sortait, c'était la fin de la pièce, le salut des acteurs et la Fin, pure et simple. S'il restait... finirait-il asphyxié ? Noyé ? Pris au piège, alors qu'il n'y avait même pas de piège ? Impossible. Pas lui, pas comme ça... La situation était-elle tellement simple qu'elle ne proposait pas même une seule réponse ?

Haruhi balaya tout d'un revers de la main. Quelle importance ? Il ne serait pas suffisamment stupide pour se prêter au jeu. N'était-il pas au-dessus du désordre ? Ou du moins, à côté, loin et intouchable. Après réflexion, `il ne voulait pas se laisser toucher` aurait sans doute été plus juste. Mais les deux étaient vrais. Les vérités ne se valent pas toutes, au fond... Si on ajoute à cela qu'il vaut mieux taire certaines, on en arrive à un monde rempli de fausses vérités. La contradiction paraissait évidente même si personne ne relevait. Personne n'avait relevé l'absence d'Haruhi de son cours. Malheureusement, l'élève ne retrouverait pas son cours habituel cette fois-ci. Il devait le trouver au plus vite ; bien que le temps n'ait guère plus d'importance pour lui. Cela lui prouvait que la quatrième dimension n'avait pas complètement laissé tomber. Il ricana un bref instant. Il y pensait comme s'il faisait partie de la cinquième... Blickwinkel. Si quelque chose ou quelqu'un comme ça existait, ça se saurait, enfin. Quoique ; Haruhi existait et on pouvait affirmer que presque tous en ce bas-monde l'ignoraient. Dommage pour eux, ils ne savaient pas ce qu'ils manquaient. Et ils ne le sauraient jamais. Parce qu'Haruhi cherchait la salle des professeurs, ils ne le sauraient jamais. Quelle tristesse pour eux ; consolation, tout comme la drogue ou l'amour, tant que l'on n'y a pas goûté, cela ne peut pas nous manquer beaucoup.

La salle des professeurs donc. Non pas que le jeune homme ait été convoqué pour quelque histoire d'indiscipline ou de manque de travail. Ce n'était pas les enseignants qui le cherchaient mais bien lui qui cherchait un enseignant. Le seul de l'établissement qu'il n'avait encore jamais pu rencontrer exactement. Haruhi se dirigea donc vers leur salle. Cela devait être pour cela qu'il était dans un des couloirs adjacents. Sans doute. Il était déjà venu là-bas, pour quelques affaires sans importance ; aujourd'hui était donc différent. Il allait voir celui qui... celui qui refuserait probablement. Une fois de plus, quelle importance ? Ce n'était pas comme si son temps était compté. Pas son temps à lui en tout cas. Drittes Auge. Le sien était compté. Oui, cela devait être cela. Donc il devait le prendre. Drittes Auge nehmen. La référence filée l'amusait beaucoup ; il essaierait de la continuer s'il le pouvait, tiens. Refusant de réaliser ce qu'il commençait à percevoir, s'arrêtant juste avant le point de non-retour, étouffant les échos pour ne pas comprendre d'où provenait la voix originale, Haruhi se dépêcha de pousser la porte. Il l'avait malgré tout ouverte juste un peu trop brutalement, suffisamment pour qu'il le remarque lui-même. Il resta donc là, sur le pas de la porte, à la frontière entre le passé, les couloirs, les rêves ; et le futur. Futur désespérément vide, comme la salle. Comme la salle, ne possédant qu'un seul attrait : l'homme qui se tenait là-bas, au fond, une tasse à la main. Apparemment, aucune différence avec le reste du monde, jusqu'à l'armoire, la chaise, la tasse, les tables, aux yeux perçants du comédien tout cela aurait pu être regroupé. Mais ces mêmes yeux discernèrent autre chose. Peut-être...

L'irruption causée laissa le temps aux deux protagonistes de se dévisager quelques longs instants. Haruhi réalisa, sans cesser de détailler le professeur recherché, qu'il était entièrement habillé en blanc. Son aîné avait beau être en gris, la couleur vide, lancinante, désenchantée qu'il arborait lui-même lui fit se poser plusieurs questions. Pourquoi un blanc pareil ? Ce n'était pas un blanc crémeux, un blanc de mariage, non. C'était un blanc malade. Quelque part, il songea qu'au Japon où il se trouvait actuellement, le blanc était la couleur traditionnelle des enterrements. Et il le savait. Pourquoi alors ?... Il savait que cette absence de couleurs s'accorderait avec son teint particulièrement pâle, mais ce n'était pas un effet qu'il aimait véritablement produire. Seul un regard gris, terne et désabusé lui répondit.


<< Professeur... Monsieur Henry. >>

A la frontière entre l'affirmation et la supposition, Haruhi avait élevé la voix. Il ne l'avait jamais vu ; cela devait donc être lui. On pouvait raisonner par élimination, ou tout simplement par intuition. C'était lui, ou ce ne serait personne. Et l'attente, la longue patience qu'il devrait avoir, une fois de plus... Il n'avait jamais réalisé à quel point sa vie ne s'écoulait que paisiblement. Tout aurait pu être différent ; à moins que ce ne soit déjà le cas mais qu'il ne s'en soit pas rendu compte ? Comment savoir ?... Il se demanda soudain quelle était la cause de toutes ces réflexions qu'il ne s'était encore jamais faites : était-ce le rêve, ou une capacité endormie depuis trop longtemps ? Drittes Auge nehmen. En fin de compte, n'était-ce pas ce qu'il était en train de faire à reculons, sans pouvoir fixer clairement ce qui se passait devant lui car la lumière était trop grande ? Qu'il en trouve la force ou non ne changerait rien, tout était déjà virtuellement fini. Déjà... Cependant, ce n'était pas la fin pour les autres, ceux qu'il allait aider. Mais qui voulait-il aider au juste ? Là n'était pas la question ; il fallait juste que son professeur accepte. Là devait s'arrêter son travail, à lui, Haruhi Loralee. Même s'il n'était pas sûr de son prénom, il savait que son nom de famille... sa famille était Loralee. Sa famille... S'il en avait eu une, tout aurait pu être différent. Cela aussi était un peu de sa faute. Mais quand même, tant de possibilités et de chemins ignorés... L'Histoire prenait-elle toujours les mauvaises décisions, ou bien ne remarquions-nous pas les bonnes ? Et l'on n'y pouvait rien, absolument rien. Blickwinkel. Effectivement, tout s'y reliait d'une manière surprenante. Dans une autre situation, l'élève aurait arboré un bref sourire en coin, mais dans une autre situation, il n'aurait guère pensé à la référence filée. Dommage.

L'étudiant fit quelques pas vers l'enseignant. Plantant son regard doré dans le sien, monochrome, il demanda juste :

<< Acceptez-vous... de m'aider ? Vous êtes le seul à qui je peux demander cela... >>

Pour une fois, l'intonation ne semblait pas autoritaire. Rien ne laissait présager dans ces paroles qu'il le menaçait ou quoi que ce soit. Ils ne se connaissaient guère, mais le professeur de Mathématiques avait droit à un certain traitement de faveur... Celui qui se tenait droit, tout en blanc, paraissait inhabituellement sérieux. Presque... triste ?... Voyons, ce n'était pas son genre. Il avait toujours été indifférent. Mais lorsqu'une distraction pareille arrivait, cela ne le rendait pas plus joyeux ou excité pour autant. Il aurait voulu... un peu plus de temps... quelqu'un comme elle peut-être...

`La vie de l'homme oscille comme un pendule entre douleur et ennui.`

Même si ce n'était pas la fin à proprement parler. Même si tout cela était en partie de sa faute. Pourquoi lui ?... Il avait certes fait souffert pour s'amuser, il s'était certes montré cruel parfois, mais ne pouvait-il pas lui aussi avoir quelques faiblesses ?... Heh. Bien sûr que non.

Il ne pouvait décevoir personne à présent. Ni lui, ni elle, ni eux.

< Dis, à qui est-ce que tu penses ? >


* A toi. Evidemment. Imbécile... *


Dernière édition par Haruhi Loralee le Lun 9 Jan - 0:13, édité 2 fois
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Edward Henry

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MessageSujet: Re: Weird tales   Weird tales Icon_minitimeDim 27 Mar - 17:14

« Miss… ter Loralee ? » hasardé-je.

L'absence de réponse est une confirmation. Je n'avais jamais vu cet élève en cours, mais je l'ai déjà croisé au détour d'un couloir, et dans leurs creuses conversations certains de mes collègues m'ont glissé quelques mots à son propos. Un élève plutôt brillant, mais déconcertant. Les discussions vont bon train quand à son sexe réel. Mais à le voir ainsi devant moi, je ne puis m'empêcher de songer que là n'est pas la véritable question.

<< Acceptez-vous... de m'aider ? Vous êtes le seul à qui je peux demander cela... >>

Un instant d'égarement. Jamais un élève n'est venu me demander de l'aide avec cette… intensité. Des conseils pour un exercice, oui, mais je sais qu'ici ce n'est pas le sujet. Je ne peux m'empêcher de fixer Haruhi. Il est grave, grave comme je n'ai jamais vu un adolescent, et comme je n'ai que si rarement vu même les adultes.

« Asseyez-vous » dis-je en lui désignant une chaise.

Il est sérieux, profondément sérieux. Je devine que sa demande, son appel à l'aide n'est pas anodin. Peut-être a-t-il des problèmes avec certains de ses camarades, de ses professeurs ? Peut-être… Peut-être devrais-je lui demander.

C'est uniquement à l'instant où j'ouvre la bouche pour parler que je songe à vérifier si Cristale a bien disparu -ce qui s'avère être le cas. Par égard pour cet élève que je ne connais pas et qui vient me demander de l'aide, je préfère que ce qu'il a à me dire reste entre lui et moi.

« Expliquez-moi ce qui vous amène. »
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Haruhi Loralee

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MessageSujet: Re: Weird tales   Weird tales Icon_minitimeLun 28 Mar - 18:39

Le professeur avait appelé à son tour l'élève avec qui il parlait pour la première fois. Oui, Loralee. Que cela soit Miss ou Mister, quelle importance ? Il avait noté l'hésitation de l'adulte ; mais cela faisait partie de son rôle, après tout, pourquoi s'en soucier ? Il n'allait pas briser la réputation qu'il s'était faite lui-même. Cela n'aurait eu aucun sens. Et même si à présent, plus rien n'avait véritablement de sens, il préférait conserver un style, son style, jusqu'à ce qu'il ne le puisse plus. Quand un comédien a joué le même rôle pendant toute sa vie, lui demander de ne plus le jouer serait comme lui demander de n'être plus lui-même, non ? A moins de considérer qu'il ne s'est pas fondu en son personnage, qu'il a simplement tout intériorisé. C'est possible aussi ; mais vous ne pourrez le savoir que s'il l'avoue, et la plupart n'avouent jamais. Il ne répondit pas. L'enseignant de Mathématiques représentait son dernier public, n'est-ce pas ?... Il refusait de l'accepter. Pourtant, il ne réagissait pas de la même manière ; cela aurait été stupide de le nier. Haruhi reconnaissait cela ; mais il ne savait guère qu'en penser. Peut-être essayait-il de remettre un peu d'ordre dans ses pensées, pour une fois. Ou alors il savait déjà ce qu'il allait jouer cette fois-ci. Il s'agissait de transmettre quelque chose à son interlocuteur, une information, des émotions, une intention. Mais quelles étaient-elles au juste ?...

Quelques secondes après la demande du jeune homme, Monsieur Henry lui proposa de s'asseoir. C'était un début. Pas forcément bon ni mauvais ; cependant, au moins, il était enclin à discuter. C'était aussi pour cela que Haruhi l'avait choisi. Il en avait entendu de bons échos. Mauvais chez ses camarades, donc de bons échos. Non pas qu'il s'intéresse à sa capacité à enseigner, mais plutôt à son ouverture d'esprit. Il en aurait besoin. Cela, il le savait. D'une certaine manière, cela l'ennuyait de devoir faire appel à quelqu'un d'autre pour régler les problèmes de... quelqu'un d'autre ? Lui-même ? Le monde en général ? Aucune idée. Le concept d'avoir recours à quelqu'un d'autre que lui pour accomplir ses desseins, cela, c'était ce qu'il faisait tous les jours, cela ne l'inquiétait pas plus que cela. Mais aider ? D'abord, pourquoi aider les autres ? D'abord, on s'occupe de soi-même. Si l'on n'est pas heureux en premier lieu, on ne pourra pas rendre les autres heureux. Ensuite, il fallait que les autres rendent la pareille ; mais au milieu d'une école perdue, avec son petit nombre d'élèves, qui irait faire plaisir à Haruhi juste par gentillesse ? Oh, des admirateurs, elle en avait. Des admiratrices, il en avait. Mais ce n'était pas ce qu'ils désiraient. Ce n'était pas ce que Haruhi désirait.

Ou quelque chose du genre. N'était-ce pas ce qu'on était censé ressentir, arrivé au même stade que l'un des mystères vivants du lycée ? Mais la voie de l'intéressé était impénétrable. Personne n'avait jamais réussi à le mettre au pied du mur pour devoir choisir. Du moins, depuis la nuit où sa colombe préférée s'était évadée vers le ciel, seule, le laissant abandonné devant la fenêtre où elle l'avait quittée. Quel dommage. Personne, donc. Cela aurait pu être intéressant, pourtant ; peut-être qu'il ne demandait que cela, au fond. Qui sait ? Sûrement pas l'homme assis en face de lui, qui lui demanda d'expliquer la raison de sa venue -après avoir jeté un coup d'oeil bref dans la salle, étrange. La... raison ?... Y en avait-il seulement une ?... Bonne question, professeur. Vraiment. Pourtant, d'habitude, ce n'est pas vous qui posez les questions... et Haruhi n'était pas en train d'être interrogé tel un vulgaire mauvais élève, supposément. Il fallait en tout cas répondre. Rassemblant ses perceptions, enfant ramassant du sable entre ses doigts, il plongea.

<< Je... >>

Je ? Je quoi ? Haruhi n'avait aucune idée de comment continuer. Il avait parlé d'un voix particulièrement sérieuse, mais s'arrêta sans avoir pu aligner deux mots. C'était vrai. Que dire, lorsque les seules choses que l'on sait ne se disent même pas, mais se ressentent ? Il devait faire en sorte que le professeur accepte de l'aider, mais personne n'avait jugé utile de lui transmettre pourquoi. Et s'il n'avait aucune connaissance, comment pouvait-il argumenter ? C'était insensé. Tout cela était insensé. Il l'était, lui aussi, évidemment ; mais ce n'était pas une surprise. Son environnement ne s'était jamais adapté à lui auparavant. Qu'il reste en-dessous, très loin en-dessous, c'était très bien comme c'était avant ! Pas besoin de venir à son niveau d'incohérence ; on tombait dans le chaos. Même si Haruhi était le seul à le remarquer, ce devait être le reste qui changeait, pas lui. Il n'était pas paranoïaque, juste... juste réaliste !... Mais personne ne le croirait, donc il avait besoin d'arguments. Logique. Arguments qu'il ne possédait pas.

Une seconde de silence. Il la dédia à sa colombe.

C'était terminé. Hee... hee... hee. Il était trop focalisé. Why so serious ? Décontracté. S'il ne s'oubliait pas un peu, comment pourrait-il assurer la dernière représentation ? Son visage se tordit en un rictus amusé, et il émit un grognement rieur. Si c'était comme ça, il ne pouvait pas ne pas s'amuser. Cela aurait été manquer de respect avec toutes les personnes qu'il avait manipulées. Une demi-seconde plus tard, il reprenait un visage composé, quoique moins grave. Par contre, ses yeux étincelaient d'une ardeur redoublée. Il reprit dignement.


<< Je suis effectivement Haruhi Loralee. J'étudie ici depuis quelques mois ; je suis cependant déjà en classe B parce que... mhmm, disons que, sans vouloir médire, l'administration -en supposant qu'elle existe quelque part, bien sûr- n'a pas fait son travail, et j'ai donc plus ou moins décidé par moi-même de ma classe. Des camarades jeunes, naïfs et puérils, des professeurs qui pour la plupart ne valent pas beaucoup mieux... Non, là n'est vraiment pas le problème. >>

Haruhi soupira dramatiquement, fermant un oeil `pour le style` et exagérant les traits pour ajouter une touche comique à la déclaration. On n'était pas à un enterrement non plus. Et même si on y était, celui, celle ou ceux qui étaient morts, ou le seraient bientôt, désiraient peut-être que leur dernier acte soit joyeux au lieu d'être triste à mourir -ah non, si même les vivants en meurent, alors... De plus, cela serait peut-être plus à la hauteur de celle qui mourrait bientôt : incohérent, drôle pour ceux qui perçoivent les sarcasmes, banal pour les autres. L'élève n'y fit même pas attention. Il continua.

<< Ce que je voudrais vous demander aujourd'hui n'est pas aussi ennuyeux. Mais tout d'abord, je dois vous demander une chose... Une chose qui vous fera rire, sans doute. >>

Une ombre passa sur le visage du comédien. Sans doute, oui.

<< Professeur... Vous avez vu ce qui se passe dans cette académie. Malgré tout... Monsieur, croyez-vous au surnaturel ? >>

La question pouvait sembler particulièrement risible. Ne venait-il pas d'affirmer lui-même qu'il se passait des choses étranges, des choses Mystérieuses à Mysterious School ? Il posait tout de même la question. Drôle de logique. Fort heureusement, pour la compréhension, il ajouta :

<< Je ne veux pas dire par là ce qui touche aux "'pouvoirs magiques", ceux avec qui notre chère Présidente n'a probablement pas pu s'empêcher de vous familiariser, d'une manière ou d'une autre -je me trompe ? Ah, mais je ne devrais pas parler d'elle ainsi ; je suis son bras droit, après tout. Oubliez donc ça, je vous prie. Bref, la magie existe, certes. Mais pensez-vous que des magies d'une autre sorte pourraient exister ? La résurrection du Christ, les miracles, les prédictions du futur de la Pythie, croyez-vous que c'était de la magie aussi ? Pourtant, vous constaterez bien que ce genre de pouvoirs semblent "impossible" ici. Le voyage dans le temps, voire entre des dimensions parallèles ? A votre avis, est-ce possible avec le "pouvoir" adéquat ? Nous ne parlons plus ici de magie de pacotille, Monsieur. Il s'agit de ce que j'appelle, personnellement, le véritable surnaturel. Alors, qu'en pensez-vous ? >>

Haruhi se tut enfin. Un plan A et un plan B. On reprenait les vieilles habitudes. Le piège était en place. Quelle que soit la réponse... tout pourrait changer. Vraiment ? N'était-ce pas plutôt le contraire qui était en train de se passer ? Haruhi gardait un air relativement sérieux et intéressé, mais il était plutôt heureux que les mots lui soient venus ainsi. Quelle que soit sa réponse...


Dernière édition par Haruhi Loralee le Dim 10 Juil - 14:47, édité 1 fois
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Edward Henry

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MessageSujet: Re: Weird tales   Weird tales Icon_minitimeJeu 31 Mar - 13:44

Je ne peux m'empêcher de lever un sourcil perplexe devant le changement brusque d'expression de Mr Loralee face à moi. D'hésitant et profondément grave, il passe en un clin d'œil à un ton plus… décontracté, sans pour autant perdre son sérieux. Et ce qu'il me dit ne peux que me surprendre.

Cynique. C'est ce que je songe au premier abord, en entendant l'élève glisser avec brio ses doutes sur l'administration -ce en quoi il m'apparaît d'emblée sympathique, comme est sympathique la première personne sensée rencontrée dans un asile, la première personne à parler notre langue en territoire étranger-, en l'entendant dénigrer élèves et professeurs comme moi-même je les ai dénigrés en pensées. Un sens du langage rare et des tournures ciselées distinguent Mr Loralee de la masse, tout comme ses opinions font mouche en ce qui me concerne.

Si la description de son parcours est en elle-même assez édifiante, l'étincelle dans son regard aurait pu me pousser à me demander quel est le sens derrière les mots, s'il n'avait enchaîné sur tout autre chose. Le surnaturel. Soit. Est-ce que je crois au surnaturel ? On m'aurait posé la question il y a encore quelques mois, avant mon arrivée à la Mysterious School, j'aurais répondu "non" sans même hésiter un instant. Mais à présent…

Encore une fois, comme par un hasard taquin, Mr Loralee glisse quelques mots entre ses mots. "Notre chère Présidente" ? L'évocation de Miss Himeka aurait presque de quoi faire sourire. Mon interlocuteur semble avoir comme moi remarqué l'incapacité chronique de la jeune fille à faire les choses normalement, sans fioritures. Je ne peux m'empêcher de relever l'expression "bras droit", mais ne peux me permettre de poser mes réflexions dessus, car l'élève enchaîne, sans une seconde se laisser distraire par son propre aparté.

Il précise sa pensée. Point question de "simples" pouvoirs magiques -comme si la magie pouvait se révéler simple…-, mais plutôt de véritables détournement de flux normal des choses. Le Christ ? La Pythie ? Je n'ai jamais été croyant, mais présenter cela en parallèle des pouvoirs étranges que j'ai vu à l'œuvre ici me trouble plus que je n'aurais cru possible. Après tout, que sait-on de ce passé si lointain ? Dans ce monde où la magie bouillonne, mais où chacun l'ignore, affectant de ne rien voir, ne rien savoir, et reléguant ses pratiquants sur une petite île isolée -ou bien chacun en soi, là où l'isolement ne peut jamais être pire… Que peut-on s'être caché à nous-mêmes ? L'évocation des dimensions parallèle me fait songer à Cristale et ses semblables ; ne prétendent-elles pas venir d'un autre monde ?

Mes pensées s'affolent, et je suis conscient que je reste muet un peu trop longtemps. Mais comment faire autrement ? Mon paradigme était la science, le concret, le matériel. Tout a été bousculé à mon arrivée ici, et moi, sans comprendre, je n'ai pas cherché à rebâtir… Mon univers tremble sur ses bases, et je ne sais où trouver un point d'appui pour le stabiliser.

Je laisse échapper un soupir, et, les yeux baissés dans ma réflexion, je réponds d'une voix que je baisse inconsciemment.

« C'est une question difficile que vous me posez là… Avant d'entrer à la Mysterious School, j'étais convaincu que seule la science détenait la vérité, mais à présent j'ai vu des choses que la science jugerait impossibles. Je ne peux plus être certain de ce que j'avance. Vos… hypothèses ne paraissent pas plus folles que beaucoup d'autres. »

Je relève les yeux, cherchant le regard d'Haruhi.

« Je doute, et suis prêt à croire à tout. »
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Haruhi Loralee

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MessageSujet: Re: Weird tales   Weird tales Icon_minitimeVen 5 Aoû - 23:09

Il fixait l'armoire. Son dessus, pour être plus précis. En d'autres termes, il fixait le vide. Le chat voyait peut-être des choses que l'humain ne pouvait voir ; posant son regard doré sur le meuble, contemplait-il véritablement ce qui se trouvait là, ce qui aurait pu se trouver là, ce qui s'était trouvé là, ou ce qui justement ne se trouvait pas là ? Personne n'aurait pu affirmer avec certitude qu'il n'était pas juste en train de rêvasser ; ses yeux regardaient ici, ses pensées étaient là-bas, son attitude se trouvait encore quelques mètres plus loin, et son coeur... Etait-ce ce coeur qui le laissait affirmer un visage déterminé, où était-ce réfléchi ? Des actions purement motivées par son instinct devaient s'être cachées parmi toutes celles qui étaient intéressées à long terme. Sans compter les actions inutiles, dans le simple but de brouiller les pistes... Du moins, c'était ainsi qu'il semblait concevoir la chose. A moins que tout ne fasse en vérité partie d'un grand Plan, dont lui seul aurait la clef ? Un sombre dessein machiavélique pour prendre le contrôle de Mysterious School ? Non, non, non, très peu pour lui, merci, et avec un seul sucre. A quoi cela lui servirait-il ? A déclencher une guerre en ajoutant discrètement la magie dans la balance de la politique étrangère du Japon ? Juste pour la distraction ? Il semblait que cela n'était guère son genre. Tuer... n'était pas son genre. En fait, non, deux sucres. Quel intérêt y avait-il à effacer ? Remodeler, réécrire, créer l'enthousiasmait beaucoup plus. Mais pour créer, ne fallait-il pas détruire en premier lieu ?... Du moins selon la croyance populaire. Etrangement, mais sans vraiment être si étrange que cela, il ne partageait pas l'avis de la majorité. Les relations entre les gens se créent... sans pour autant forcément détruire quelque chose. Sur le papier, elles peuvent certes détruire une fois installées ; mais est-ce détruire, ou est-ce changer, tout simplement ? Il connaissait beaucoup d'individus, trop et trop bien ; il changeait donc autant. Ephémère. Léger. Déroutant. Papillon pourchassé par un chat.

La boucle était bouclée. Plus chat que papillon, mais tout de même éphémère. C'était d'ailleurs l'un des problèmes qu'il était censé évoquer, non ? Sa toile de relations évoquait l'araignée avant le chat ; mais il ne détruisait pas ses proies, il les analysait. Il ne les tuait pas non plus et ne cherchait pas à les monter les uns contre les autres dans une guerre futile. Soulignons "dans une guerre futile", car le reste restait vrai. Des plans, il en avait... il en avait. Il en avait eu, même. Mais cela était soudainement devenu futile aussi... Quel dommage, quelle perte ! Perte de temps, perte d'intérêt, perdus pour la science ! La science qui visiblement avait été la religion du professeur de mathématiques qui se trouvait comme par hasard en face de lui. Elle s'était révélée futile, elle aussi. Encore... Le jeune homme savait qu'il était assez risqué de croire en quoi que ce soit. Pas autant que de croire en qui que ce soit, mais tout de même. Cependant, admirables étaient ceux qui arrivaient à ne pas perdre la foi en ce qui les poussait en avant ; peu de gens vouaient, en fin de compte, une croyance inébranlable à leur paradigme, aussi contradictoire que cela puisse paraître. Même pour ceux qui n'ont jamais assisté à une démonstration de véritable magie comme celles dont certains et certaines n'étaient point avares à l'académie, ceux qui ne peuvent qu'accepter de penser, de ressentir et de témoigner de la réalité, même eux désirent autre chose. Ils rêvent d'aventures, de pouvoirs, de surnaturel. Ils s'en convainquent... Sans en être sûrs pour autant ; une partie dit oui, l'autre dit non ; ils entrent en conflit avec eux-mêmes. Mais cela doit leur plaire, car ils continuent, encore et encore, tendant la main vers leur miroir en espérant y découvrir leur Amérique... Mais non. Mais enfin, ne perdez pas espoir ! Mieux que l'Amérique, mieux que votre Amérique, nous avons... Mysterious School. Certes, le Japon, ce n'est pas la même chose que l'Amérique. Mais rassurez-vous, nous avons un Américain dans la place ; comme ça, ce sera aussi bien, n'est-ce pas ?... Oui, Mysterious School, l'endroit où la magie côtoie la vie banale des élèves ! Une véritable échappée vers la terre promise. Du pain béni pour ceux qui n'ont jamais pu se faire à l'affreuse vie "réelle" du reste du monde. Mais ce n'était pas le cas ici. Edward Henry avait trouvé sa voie dans la science. L'explicable. Le rationnel. Et puis, il était arrivé à Mysterious School. Pourquoi, d'ailleurs ? Et comment ? Les deux se valaient, pour une fois. Pourquoi un homme ne recherchant absolument pas à épicer sa vie d'un gramme de paranormal irait-il à Mysterious School, là où deux personnes ne peuvent pas discuter sans aucun effet pyrotechnique, jeu de lumières, effet spécial digne d'une super-production hollywoodienne ou que sais-je encore ? Puis, plus mystérieux encore -tiens donc, la question se répondrait-elle à elle-même ?- comment l'enseignant avait-il pu trouver Mysterious School s'il avait ses deux pieds bien ancrés derrière la limite du matériel ? Mystère, mystère ! Le mafioso se serait fait un plaisir que de l'élucider... s'il en avait eu le temps. Il ne l'avait plus. Chaque seconde, la "fin" s'approchait de lui d'un pas. Il ne tentait pas de changer le fait établi ; mais s'il attendait encore, le week-end arriverait, et il ne pourrait plus parler au professeur... Et cela paraissait bien sûr tellement plus préoccupant. L'étudiant ne s'inquiétait pas, en général. Bien sûr, il pouvait toujours se passer quelque chose qui contrarie ses projets. Il aurait voulu que cela arrive. Tout était si ennuyeux sinon... Mais personne ne s'engouffrait dans les failles. Bah, ce n'était pas grave, que tout aille selon ses désirs ; juste une fois... Au final, il ne montrait jamais s'il avait obtenu ce qu'il voulait ; alors comment savoir ? Suppositions, suppositions. Après tout, lui aussi formulait ses "hypothèses" comme les qualifiait Edward. Il ne se basait pas sur des expériences pour les émettre voire les confirmer. Il se basait sur ce qu'il ressentait, ce qu'il voyait. Seul lui pouvait décider de ce qu'il voyait, en revanche. Malgré tout, l'élève semblait sensé. C'était quand il se montrait clairvoyant que les autres le prenaient pour un fou parmi tant d'autres. Cela le faisait rire. Tout cela n'était pas normal, l'école entière lui jouait-elle un tour ? Mais non, les jours passaient et il restait le même, celui qui change perpétuellement. Les autres restaient des éléments du décor, trop lents pour sembler se déplacer aux yeux du comédien... Et tout pouvait continuer pour toujours. D'une certaine façon, la vie le satisfaisait. Evidemment, il jouait toujours celui qui parade, qui est heureux d'impressionner les galeries, qui se moque de tout et de rien ; mais n'y avait-il pas autre chose, une véritable satisfaction ?... Là encore, ce n'était pas le moment. Ce ne le serait plus.

Le félin n'avait guère prêté attention au temps qui venait de s'écouler. Avant que la clepsydre n'indique le moment où il n'aurait plus le choix, il dirigea son regard vers le professeur. Probablement rendu perplexe par le regard fixe de l'élève, ce dernier semblait chercher ce qui avait pu retenir l'esprit du silencieux sur le dessus de l'armoire. Peut-être se rendrait-il compte de ce qui clochait, si seulement quelque chose clochait. Il pouvait aussi abandonner, blâmer la folie du Loralee, ou comprendre n'importe quoi.

Il n'y avait pas un seul millimètre de poussière sur l'armoire.


<< Ainsi donc, vous doutez... >>

Sa voix résonna dans la salle quelques instants. Il n'avait pas particulièrement haussé la voix ; pourtant sa phrase semblait... importante. Le comédien ne donnait pas l'impression de plaisanter. Il rappelait simplement à lui l'attention du public.

<< … mais vous êtes prêt à croire à tout. >>

Terminant ainsi de répéter les paroles du mathématicien, il semblait pensif. L'étudiant continuait de fixer l'adulte, deux lances métalliques se plantant dans le brun des yeux d'Edward. Pensif... mais à quoi pensait-il ? La pause qu'il marquait après ses phrases s'allongeait lentement. Allait-il véritablement continuer ? Il... avait quelque chose à dire, non ? Réfléchissait-il seulement aux propos de monsieur Henry, ou bien son esprit s'occupait avec une toute autre chose ? Par exemple, pourquoi n'y avait-il aucune poussière au-dessus de cette armoire ?... Il n'apparaissait pas aux autres comme le genre de personne à se soucier d'un tel détail. Il était l'idole, la star du lycée, le comédien et l'actrice, l'intérêt et l'attirance, l'étrange même dans l'étrange établissement qu'était le sien. Pas celui qui se préoccupe de détails matériels sans valeur. On le connaissait pour son faste, sa grandeur, ses exagérations, qui pouvaient à tout moment se transformer en un sérieux et une discrétion parfaite. Il n'allait jamais à certains cours, et personne ne savait pourquoi, et personne ne lui avait jamais demandé. Le rêve de certains, le cauchemar de certaines. Un être insaisissable en somme. Haruhi Loralee... ne serait donc probablement pas en train de laisser libre cours à ses réflexions à propos de l'armoire... si ? Ce n'était pas comme si cela gênerait qui que ce soit. Ce n'était pas un mauvais acte, que de se questionner à propos des détails. Il en était friand quand ils concernaient les insectes de sa toile, ou les insectes qui volaient encore en toute liberté aux alentours. Il savait que les détails comptaient énormément. Un mot. Une bague. Un chiffre. Une image. Tout pouvait se révéler utile le moment venu. Il ne devait donc pas oublier. Sa vie était constituée de détails... Mais où situer la différence entre les détails et le reste ? Quand les deux sont aussi utiles l'un que l'autre, comment délimiter ? Les détails n'existeraient pas sans le principal, mais le principal ne serait guère le même sans ses détails. Cela pouvait changer une vie, comme la sienne. Mais en quoi la présence ou l'absence de poussière sur une armoire changerait-elle sa vie ?... Avait-il déjà oublié ce pour quoi il était venu ici ? Certes, il n'avait jamais complètement su, mais ce n'était pas une raison pour oublier. C'était même une raison pour ne pas oublier. Il ne commettrait pas cette erreur... A moins que tout cela ne soit prévu. Une fois de plus, le regard du concerné ne fonctionnait qu'à sens unique, et ne permettait en rien de deviner ce qu'il cachait.

<< C'est plutôt... risqué comme affirmation, vous savez. Surtout ici. >>

Il s'était renversé en arrière sur le dos de la chaise pour accompagner ces mots, tel un étudiant s'ennuyant en cours. Mais le sourire en coin qu'il affichait désormais semblait prouver qu'il s'en amusait. Ne faisant pas les choses à moitié, il noua ses mains derrière sa nuque et posa un pied sur son autre genou, changeant encore et encore d'attitude. En un éclair il était passé du plus sérieux au plus détendu, sans prévenir, et ce n'était même pas la première fois qu'il le faisait durant la conversation. Il était instable. Plus que d'habitude. Il n'arrivait pas à se fixer dans un seul et unique rôle, il désirait quelqu'un de plus complexe... ou se laissait-il simplement aller ? Ses dires étaient censés être ce qui importait, pas sa contenance. En tant qu'élève devant un professeur, il pourrait peut-être entendre des reproches de la part de son aîné. Il frôlait la limite entre la politesse et l'impolitesse, la distance et la familiarité, et il alternait de côté chaque fois. L'enseignant pourrait-il suivre le délinquant ? Comment mettre le doigt sur un comportement qui peut ostensiblement s'effacer dès qu'on essaie de le cerner ? Peut-être voulait-il le savoir, et c'était pourquoi il agissait ainsi. Observer la réaction de l'autre. Comme si cela lui servirait ; tout ce qu'il pourrait apprendre n'aurait au final que peu d'influence sur la décision ultime. Se remettre entre les mains du hasard... Un hasard bien partial en général. Mais non, le hasard n'entrait pas dans sa juridiction, pas la sienne. Du moins, le véritable hasard ; celui qui décide si les pièces tombent sur pile ou sur face. Pour tout le reste, on pouvait s'arranger. Il était du genre à prétendre que les coïncidences n'existent pas, tout en s'exclamant en riant, dès qu'il rencontrait quelqu'un qu'il avait justement envie de voir, que c'était une amusante coïncidence, et à laisser les gens faire l'addition par eux-mêmes, s'ils s'en rendaient compte. Il offrait tout de même des indices à ceux-ci, la plupart du temps, pour savoir qu'il n'était pas tout à fait honnête ; il pouvait toujours faire en sorte que personne ne se rende compte qu'il se jouait plus ou moins d'eux, mais ce n'était pas la partie qu'il préférait dans la longue définition du mot "intéressant" de son dictionnaire personnel. L'aspect du rôle actuel devait être assez "intéressant" à regarder, par ailleurs. Ses vêtements blancs n'avaient pas perdu leur connotation morbide ; tandis que le comédien semblait être quelqu'un d'autre. Il en aurait presque été... effrayant. Cela dépendait des personnes ; ceux qui le trouvait malsain ne faisaient visiblement pas partie de ses fans, c'était tout. L'assurance qu'il déployait aurait fait penser à un élève passant par le couloir, et le voyant, à ce moment-là, à un mort en vacances, paraissant parfaitement vivant mais avec une aura... bizarre, jouant délibérément avec ses capacités. Mais si un tel élève était passé par là, il ne se souviendrait de toute façon pas qu'il était passé par là ; alors quelle différence ? Et surtout, pourquoi décrire un point de vue extérieur ? Le seul qui comptait était celui du professeur, qui, malgré ses circonstances, ne faisaient pas partie de "la majorité", et sûrement pas de "la majorité de Mysterious School". Sinon, il ne serait pas en ce moment même l'interlocuteur de Haruhi Loralee lors de la conversation la plus sérieuse que ce dernier ait jamais tenue à cet établissement.

Bref, il fallait qu'il dise quelque chose. Il devait des explications au professeur -quoiqu'il n'ait encore rien fait à part pimenter sa journée. Il discernait de plus en plus la raison pour laquelle il était venu, l'ombre se détachant subtilement des nuages d'une nuit sans lune. S'il pouvait augmenter encore un peu le gamma, ce serait quand même mieux. Mais malheureusement, le format de l'esprit du jeune homme n'était pas reconnu par les logiciels appropriés. Toujours était-il qu'il ne pouvait que vaguement discerner la suite de son discours, mais qu'en tant que fier et vaillant Loralee il allait quand bien même s'atteler à la tâche. Après tout, même sans gamma, il avait déjà eu assez de lumière grâce à sa Présidente pour pouvoir illuminer l'école entière -peut-être était-ce pour cela que ses yeux dorés brillaient autant ?- et cela voulait bien dire qu'on pouvait s'en passer. Il décida tout de même de gagner du temps pour la précision de l'affaire. En plus, il paraissait apprécier l'enseignant ; voulait-il comparer ses opinions aux siennes, simplement les connaître, ou juste écouter le son de sa voix ? Rien ne l'empêchait d'avoir de multiples raisons, sauf les lois qui gouvernaient le chaos dirigeant sa logique ; donc il demanda. Il n'avait rien à perdre de toutes façons, ce qui lui restant à perdre étant, pour ainsi dire, déjà perdu.

<< J'apprécierais grandement de vous faire la démonstration de mon sujet, mais, voyez-vous, il faudrait que je vous pose quelques questions avant toute chose. J'espère que cela ne vous dérangera pas. Vous n'êtes pas obligé de répondre, bien entendu... >>

… un sourire passa subrepticement sur ses lèvres et son regard avant de s'envoler...

<< ...mais je ne pense pas que vous ayez un quelconque intérêt à vouloir garder le silence. Même si quelques critiques sortent de votre bouche innocente, personne ne vous entendra, personne n'ira répéter vos dires à une autorité supérieure... >>

...encore une fois, un sourire. L'identité de l'autorité supérieure en question ne semblait laisser aucun doute.

<< ...quant à moi-même, j'ai mes propres jugements. Je les cache, je les expose, je les hurle devant la foule d'élèves et personne ne les entend. Vous n'avez rien à craindre de moi... si la crainte vous avait déjà effleurée à mon propos, évidemment. >>

Il soupira. La crainte... L'inspirer n'était ostensiblement pas son but principal. Avec ses capacités, ne pourrait-il pas faire bien pire que ce qu'il faisait ? Avait-il seulement utilisé ces dernières plus de deux fois depuis son arrivée ? Il était de notoriété commune que oui. Autant s'en tenir à ça. La discussion n'était pour le moment pas à son sujet. Il s'effaça derrière celui-ci.

<< En supposant que vous n'y voyez pas d'inconvénient, commençons. Et commençons bien : que pensez-vous de Mysterious School en tant qu'établissement scolaire ? La répartition des classes, des élèves, les emplois du temps... Contentons-nous de cet aspect-là pour cette première question. Alors ? >>

Edward Henry était donc désormais soumis à un questionnaire sans avoir eu la possibilité de ne pas signer pour y participer. Heureusement qu'on lui avait laissé la possibilité de ne rien répondre à l'élève avec la meilleure maîtrise de l'hypnose du seul établissement magique sur Terre, sinon cela aurait vraiment été injuste. Ce dernier observa le visage de son interlocuteur pendant quelques secondes, pour voir sa réaction face à la première question sans doute, puis sembla se plonger dans la contemplation des ongles de sa main gauche tel une jeune fille contemplant sa manucure, et le tout avec autant d'intérêt qu'un L pouvait avoir en assistant à un cours sur les fonctions lipschitziennes (ou non). Alors, qu'est-ce qui était pire : devoir répondre à Haruhi qui semblait complètement désintéressé de la réponse, ou devoir répondre à Haruhi qui vous fixe de son regard perçant sans savoir ce qu'il voudrait entendre ?...

D'un point de vue extérieur, la scène semblait
curiouser and curiouser. La spectateur pouvait s'identifier à l'adulte, visiblement saint d'esprit et ayant des réactions logiques et compréhensibles, contrairement au comédien blond en face de lui. Le personnage principal et l'antagoniste ?... Le livret n'indiquait guère les rôles... Tant pis, il les rajouterait à la main, une fois la pièce terminée.

Enfin, s'il y avait eu une pièce.


Dernière édition par Haruhi Loralee le Lun 9 Jan - 2:13, édité 1 fois
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Edward Henry

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MessageSujet: Re: Weird tales   Weird tales Icon_minitimeSam 27 Aoû - 1:29

Toute ma concentration n'est pas suffisante pour parvenir à suivre l'élève. Sa logique -si tant est qu'il en ait une- me glisse entre les doigts. Son regard fixe me ferait presque frissonner, bien que je n'en sois pas la cible. Que peut-il bien trouver d'aussi passionnant à… l'armoire ? Peut-être est-ce plus simplement sa manière de se concentrer sur la conversation en cours…

Son silence s'allonge, et je ne peux m'empêcher de revenir sur sa dernière question. Croire ou ne pas croire… Quelle réponse attendait-il de moi ? Et que cherche-t-il à faire en m'entraînant sur ce terrain ?...

<< Ainsi donc, vous doutez... mais vous êtes prêt à croire à tout. >>

Je le dévisage. Il me rend mon regard, avec une intensité dérangeante, comme en décalage avec le ton de sa voix, claire mais étrangement détachée. Et le silence revient. Long. Pesant. Sur lequel je n'ai pas prise. Et ces deux puits dorés… qui me gardent prisonnier. Je suis l'adulte, le professeur, mais face à cet élève, je ne peux mener la danse. Mais je pense pouvoir affirmer, au vu de son comportement, qu'il n'entend pas danser seul… Il attend quelque chose de moi, cela au moins je le comprends. Il ne me laissera pas spectateur.

D'un coup, il change d'attitude. Apparemment détendu, moqueur, il m'envoie une pique. Je reste de marbre. Face à l'indéchiffrable, à quoi bon s'esbaudir ? Patiemment, j'attends ce qu'il a à me dire. J'ai malgré tout le temps de songer que Mr Loralee a probablement raison pour ce qui est du risque, avant qu'il ne reprenne la parole.

À plusieurs reprises, je dois me retenir de tiquer sur des tournures de phrases tout sauf innocentes… Mais non, je ne compte pas garder le silence. Même s'il me parle comme un haut fonctionnaire au plébéien qu'il interroge. Comme si, au contraire de ce qu'il affirme, j'avais effectivement quelque chose à craindre… Mais quelque chose me souffle que je peux, d'une certaine manière, lui faire confiance. Nous sommes tous deux en marge, ici.

Nous crions dans le silence, et personne n'entend.

« Mysterious School… »

L'espace d'une fraction de seconde, l'image d'un de mes professeurs de faculté se superpose à celle de l'élève. Fascinant, comme certains représentants de l'humanité ont la capacité à paraître de toutes leurs forces ne pas écouter les réponses à leurs questions… Mais je sais d'expérience que ce genre d'apparence est souvent trompeuse. Aussi, je poursuis sans marquer de réelle pause.

« C'est un établissement à la gestion… hasardeuse. Dans le principe, répartir les élèves par niveau peut paraître logique, mais ici cette logique n'est pas poussée jusqu'au bout. Comment déterminer l'écart entre deux personnes quand l'on ne dispose pas d'une échelle commune ? Si le tri avait du se faire sur les matières classiques, alors oui, les notes auraient pu trancher. Mais la magie… ne dispose pas de barème.

J'ignore comment les élèves sont répartis dans ces classes, de même que j'ignore comment sont gérés les emplois du temps dans leur ensemble. Mais j'ai pu constater que les modifications de ces derniers n'allaient jamais sans heurts… et qu'il n'y a manifestement personne pour les superviser.
»

Je ne peux réprimer un fugace sourire teinté de cynisme.

« En somme, cet établissement peut paraître cohérent tant que l'on n'y prête pas attention, mais dès que l'on regarde les faits, tout semble ne fonctionner que par inertie. Sur les points que vous m'avez cité, cette école ne semble pas avoir de politique réfléchie, et encore moins de personnel pour y réfléchir…

Cela vous apprend-il ce que vous souhaitez savoir, mister ?
»
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Haruhi Loralee

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MessageSujet: Re: Weird tales   Weird tales Icon_minitimeVen 20 Juil - 17:45

<< Mhmhmm. Cela m'apprend ce que vous savez, et non pas ce que je voudrais savoir. Ce qui ne revient pas forcément au même. >>

L'étudiant ferma les yeux et laissa sa main retomber à son côté, poursuivant nonchalamment :

<< Enfin... Je ne vous en demande pas tant. >>

Il soupira. Personne ne s'intéressait à ce qu'il voulait savoir de toute façon. Il ne faisait aucun effort en ce sens non plus. C'était lui qui menait la danse, et donc à lui d'interroger. Personne d'autre ne pouvait inverser les rôles... il en était ainsi. Peut-être. Quoique. Le monde est vaste, mais il ne doutait pas. Il avait déjà pris sa décision il y avait des années de cela. Pourtant... une once de regret aurait presque assombri ses pupilles, si cela avait été possible. Le monde avait définitivement un potentiel gâché. Quelle tristesse. Et personne ne s'en rendait compte. Comment était-ce seulement possible ?... Et pourtant, c'était le cas ! Comme quoi, même l'impossible arrivait de temps en temps. N'était ce pas fantastique en y repensant ?! Cela ouvrait tellement de possibilités ! N'était-ce pas la clef vers

La clef.

Il leva les yeux vers la fameuse armoire. Son esprit sembla se vider dans l'instant qui suivit.

Pourquoi diantre y avait-il une clef posée au-dessus de cette armoire.

Puis la réponse sembla évidente. Comment avait-il seulement pu se poser la question ? La logique était simple, claire, précise et incisive comme un couteau, et le traversa comme une balle de revolver. C'était bien sûr la clef de chez lui. Qu'est-ce que cela aurait pu être
d'autre après tout ?... Cette clef, bien en évidence, était hors de portée. L'armoire était trop haute pour qu'il puisse l'atteindre même en utilisant la chaise sur laquelle il se prélassait depuis quelques temps. Nonobstant : elle était là. Aurait-il mieux valu qu'elle n'existe pas du tout, qu'il ne la voie guère, afin de ne pas pouvoir la perdre car elle serait déjà perdue ? Le professeur était plus grand que lui, peut-être avec son aide pourrait-il l'atteindre ?... Il plissa doucement les yeux, et l'objet disparut de sa vision. Il avait décidé de la perdre, cette clef. Comment osait-elle reparaître devant ses yeux sans même s'expliquer. Il se souvenait très clairement l'avoir jetée dans le feu lorsqu'il avait fait incendier sa propre maison. C'était du passé, tout cela, maintenant ! Pourtant, n'était-ce pas aussi la raison pour laquelle il était là ? Retrouver un endroit à appeler "chez lui" ?... Aucune idée. Mais cette clef, il n'en voulait pas. Même si elle l'avait suivi jusqu'ici, non, non et non, il ne la verrait même pas. Il refusait obstinément de l'apercevoir. Même si c'était déjà fait. C'était un peu trop tard, certes. En voyant une clef perdue, qui ne penserait pas instinctivement à l'essayer ? En l'occurrence, la curiosité avait tué le chat. Heureusement qu'un chat a plusieurs vies. Pour sûr, Haruhi en avait au moins deux ! Combien de fois était-il déjà mort ?... Peut-être que le compte arrivait bientôt à sa fin. Cela expliquerait l'aura déplacée, pas à sa place, du comédien. En même temps, ce n'était pas le genre d'individu à avoir besoin d'une explication. Toujours était-il que, quel que soit le message qu'on avait voulu lui faire passer, sa réponse était négative. Le passé, cette clef, sa famille, ses racines... Il avait tiré un trait là-dessus. Mais s'il commençait à percevoir avec autant de clarté des choses qui n'étaient probablement pas à leur place, c'était qu'il était grand temps. Car lui non plus n'était pas à sa place. Il n'allait pas disparaître comme cette clef, lui, mais... du point de vue de la clef, elle n'avait probablement pas disparu non plus, c'était bien là le problème. Il tourna son regard vers Edward, sans laisser paraître d'émotions, ce qui pourrait presque passer pour de l'amertume de sa part. Il n'y avait définitivement rien eu au-dessus de cette armoire. Pauvre professeur. En plus, ce dernier n'avait pas de pouvoirs particuliers, et ne devait donc probablement pas être réceptif à la magie non plus. Enfin, tout pouvait arriver dans cet établissement de fous. Comme son interlocuteur l'avait si bien dit, tout ne semblait fonctionner que par force de l'habitude, sans que personne ne gère, ou ne sache qui est supposé gérer. Comment était-ce possible ? Le jeune homme avait pu le constater dès son arrivée à Mysterious School, et avait tenté d'enquêter. Se rapprocher de celles qui semblaient en savoir le plus avait paru aussi facile que de jouer à la pétanque avec une boule aimantée, et c'était aussi simple de taquiner sa collègue que de pousser un domino pour en faire tomber un autre. Pourtant, même ainsi, la cause des évènements restait introuvable. Les disparitions par exemple. Cela lui aurait plu, d'être disparu. Quel dommage que cela n'ait guère été son cas. Cela aurait été particulièrement intéressant. Il faut croire que le principal intéressé était trop intimidant pour se faire kidnapper, ahah. Il avait arpenté maintes fois le fameux couloir, celui où, effectivement, on entendait des voix. Le concept avait souvent fait sourire l'étudiant de par le ridicule de la peur d'un couloir hanté dans un établissement où il est de notoriété commune que les fantômes font partie des élèves. N'ayant malheureusement pas pu déterminer qui, parmi ces voix, avait disparu, et qui était simplement en train d'essayer pitoyablement d'effrayer les passants, il n'hésitait pas à rester adossé à un mur du couloir pour taper la discute avec les résidents locaux. Le mystère le plus important, à ses yeux, restait tout de même la gestion de l'établissement par l'absence des directeurs. Ce qui en découlait, à savoir la situation actuelle, était compréhensible de manière humaine ; mais qu'est-ce qui avait causé cet état de fait en premier lieu ? Tant de questions qui ne trouveraient probablement jamais de réponses, poursuivant le sommeil de l'une des seules à pouvoir entrevoir la porte de la vérité. Etait-ce vraiment une perte ?... Nul ne le saurait. S'il y avait quelque chose au bout du tunnel d'incohérences, si c'était vraiment le cas, est-ce que ce serait toujours un tunnel d'incohérences ? A moins que ce qui l'attendait vraiment soit d'une nature inattendue ? A moins qu'il n'y ait rien. De toute façon, il n'aurait plus de moyen de le savoir, il en était bien conscient. Tout... s'effaçait, à un moment ou à un autre. Petit à petit. Lieu par lieu. Page par page. Lettre par lettre. Personne par personne. Les disparitions ?...

* ...Ah. *

Les couloirs étaient déserts. Même pendant les heures de cours, l'établissement n'était généralement pas aussi vide. Ce n'était pas normal. D'une certaine manière, tout était logique, dans le sens de "tout concordait". Comment avait-il pu ne pas s'en rendre compte dès son arrivée ?... Non pas que cela change quoi que ce soit. Cela ne changeait jamais quoi que ce soit. A choisir, le silence était probablement la meilleure chose qui puisse lui arriver. Ce n'était pas vraiment satisfaisant, mais il pouvait s'en contenter. Il aurait pu rester seul un jour de plus, mais cela aurait sans doute été le jour de trop. Les disparitions... Heeheehee. Il faudrait définitivement qu'il trouve le ou les coupables cette fois, n'est-ce pas ? Quelqu'un jouait avec lui. C'était sûrement cela. Il avait trouvé un adversaire à sa mesure. A moins qu'il ne cherche à lire entre les lignes ce qui était écrit sur le livret ? Un personnage ne devrait pas lire le script, c'est le rôle du comédien. Pourtant... comment ne pas le remarquer ?... Il suffisait de fermer les yeux pour le sentir. Ecouter le silence. Tout semblait d'une limpidité effrayante. Il sourit doucement. Il suffisait de continuer. C'était la raison de sa venue.

<< Voyez-vous... Cela va probablement vous paraître étrange. Mais vous êtes le mieux placé pour comprendre mes propos, alors... >>

Le mieux placé... Oui, sans doute. Il n'avait plus le choix. Sa voix était calme, posée. Claire. Trop claire. Comme s'il comprenait les choses à un niveau qu'un humain ne peut atteindre. Le comédien se leva. Il poursuivit, son sourire s'effaçant devant un air plus sérieux, mais tout aussi... clair.

<< Lorsque je vous regarde, je vois un professeur de mathématiques. Mais avant tout, je vois un être humain avec qui il est possible d'échanger des propos. D'échanger des opinions. Quelqu'un capable de réfléchir par lui-même. Lorsque je vous parle, j'entends des paroles qui peuvent ou non me plaire, des paroles qui du moins ont un sens et une cohérence. Une individualité. Vous n'êtes pas Quelqu'un, vous êtes Edward Henry. >>

Le jeune homme s'interrompit un instant et laissa ses yeux se perdre dans le vague, ses mots résonnants dans on propre esprit. Il était convaincu de ce qu'il disait ? Vraiment convaincu ? Que ferait-il si... s'il était vraiment seul ? S'il s'était trompé au sujet de son interlocuteur ? Il avait cru que ce serait la fin, mais au contraire, la fin deviendrait introuvable. Piégée. Piégée à Mysterious School... C'était risible. Une bien piètre comédie ce serait. Il fallait empêcher cela. Mais comment savoir ? Il ne pouvait qu'espérer... son instinct ne lui avait presque jamais défaut. Même s'il fallait avouer qu'il lui avait fait défaut aux mauvais moments, en général. Mais c'était du passé. Il poursuivit, plantant résolument son regard doré dans celui, plus terne, qui lui faisait face.

<< Lorsque vous rencontrez les autres membres de cet établissement, que ce soit élèves ou personnel... Avez-vous vraiment l'impression de parler à un individu ? Tout fonctionne exactement comme vous l'avez dit, par inertie. Si ne serait-ce qu'une personne y faisait attention... Cela ne pourrait continuer ainsi. Vous savez, j'ai pu croiser presque tous ceux qui vivent ou travaillent ici. Aucun... ne semble perturbé par l'absence totale de structure. Et malgré les disparitions, rien n'avance, rien ne change, personne ne s'étonne. Ces gens sont comme... vides. Je veux bien comprendre que certains n'y prêtent pas attention pour diverses raisons... Mais pas que ce soit une majorité. Une très large majorité, même. En fait... >>

Il baissa les yeux, et termina sa phrase d'une voix distante, incertaine.

<< ...Il ne reste plus que nous. >>

Silence. L'affirmation resta suspendue dans les airs, entre le professeur et l'élève. Il devait sonner comme un quelconque conspirationniste, avec du recul. Il n'avait rien en sa faveur pour convaincre. Seulement l'espoir que quelqu'un pourrait comprendre. Et c'était le seul avec un potentiel... ha. Comment en était-il arrivé là ?... Personne n'avait jamais cherché à savoir. Tout était si faux. Si superficiel... Relevant les yeux vers ceux d'Edward, avec un sourire sincèrement gêné, il ajouta d'une voix hésitante :

<< Heehee, désolé, j'dois vous paraître complètement taré hein ?... Mais sérieusement, j'vous assure que... >>

Arrêt. Haruhi réalisa soudainement que c'était la première fois qu'il parlait aussi directement, sans être sûr de lui. Cela ne lui ressemblait terriblement pas. Son sourire disparut aussi instantanément. Ce n'était pas lui. Pourquoi ? La réalité elle-même semblait floue à présent. Qui était-il au fond ? Sur quoi se baser pour affirmer que ce n'était pas ce qu'il voulait dire ? De la manière dont il avait voulu le dire ? Il pouvait changer de personnalité en un claquement de doigts, mais il n'avait pas eu l'intention de changer de personnage ainsi. Le comédien se surprenait lui-même. Qui venait-il seulement d'apercevoir ?... Haruhi... Qui était Haruhi ? Haruhi... était perdu. Peu importe. Il n'avait jamais eu le privilège d'avoir ne serait-ce qu'un véritable prénom en premier lieu. Il le savait. C'était juste le prénom de celle qui aurait pu être sa soeur. Avec un H. Au final, c'était lui, la soeur. Et l'autre était morte. Mais ça, c'était du passé. Maintenant, Haruhi était Haruhi, elle-même, lui-même et personnellement. Et c'était très bien... Du moment qu'il reste lui-même lorsqu'il faisait semblant d'être quelqu'un d'autre, et non pas qu'il devienne quelqu'un d'autre alors qu'il tentait de rester lui-même. C'était... intéressant, d'une certaine manière. C'était déjà cela de pris. C'était surtout maintenant que le professeur devait le trouver "complètement taré". Avant au moins, il avait la décence d'avoir l'air de savoir ce qu'il faisait. La façade s'effritait petit à petit, brique par brique, mot par mot. Et il n'y pouvait rien. Il pouvait avoir le monde à ses pieds, mais ce qui lui était cher se trouvait toujours juste en dehors de sa portée ; cela ne l'étonnait même plus. Mais si c'était la dernière fois... Si c'était vraiment possible... Alors...

Quelque chose resurgit en lui. Un sentiment toujours présent, toujours discrètement prouvant son existence, suivant son ombre au moindre mouvement. Il avait toujours vécu avec, c'était un fait. Il en avait conscience. Il ne le niait pas. Après tout, il avait effectivement plus de possibilités qu'il ne pourrait en dénombrer lors de toutes ses vies. Et c'était grâce à lui. Lui-même. Il était arrivé jusque là grâce à ses propres capacités. Pas celles des autres. Les siennes. Il en avait le pouvoir. Il en était ainsi.
Il était ainsi. Alors non. Il était au-dessus de cela. Au-dessus des gens, du monde, des mondes, de la réalité elle-même. Définitivement. Donc non, il n'allait pas simplement se laisser faire. Reprendre le contrôle de la situation.

* Superbia. *

Haruhi redevint Haruhi, et retrouva le sérieux qui convenait à son sujet. Qui qu'il ait été, il était lui en ce moment-même, et il était meilleur que le reste. Et c'était tout ce qui comptait. Les autres n'avaient qu'à s'incliner, admirer ou jalouser. Ses yeux brillaient plus que d'ordinaire, bien qu'il ne fût pas en train d'utiliser l'hypnose. La concordance entre le symbole qu'il représentait et ses convictions personnelles en était peut-être une cause. Haruhi étant redevenu Haruhi, nul n'aurait pu le dire.

<< Bref. Si vous ne voyez pas de quoi je parle, cela ne sert à rien que je continue. Je vous prie donc de bien vouloir me répondre. Est-ce que vous aussi... vous sentez qu'il n'y a plus que nous à Mysterious School ? >>

Si ce n'était pas le cas, l'étudiant lui ferait grâce de tout souvenir encombrant de leur discussion, et chacun redeviendrait un simple engrenage dans la machine nommée Mysterious School. Cela aurait quelque chose de particulièrement amusant de devoir rejouer la rencontre, quelque part. Prétendre n'avoir jamais rencontré la personne entre les mains de laquelle il était prêt à remettre quelque chose de plus important que sa propre vie... Amusant en effet. N'était-ce pas tout ce compterait, de toute façon, s'ils en arrivaient là ? S'amuser... tandis que la fin de la pièce resterait inatteignable. Cela ne l'effrayait pas.

Il était prêt.
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Edward Henry

Edward Henry

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MessageSujet: Re: Weird tales   Weird tales Icon_minitimeSam 26 Jan - 23:21

Haruhi Loralee. D'une certaine manière, un mystère de plus dans cette école au nom pourtant si clair. Mais avec certitude, un mystère d'une nature bien plus subtile et composée que tout autre.

Juste sous mes yeux, le voile s'était entrouvert. L'or brûlant des yeux de l'élève était devenu lumière pâle dans le regard du jeune homme. L'espace de quelques battements de cœur, j'ai pu voir la vérité. Pas assez de temps pour la comprendre. Assez pour faire confiance.

« Mister Loralee... »

Je respire un grand coup. J'ai une fois de plus la sensation de vaciller au bord d'une décision sans retour.

« Je comprends ce que vous voulez dire. »

Je rive mon regard à celui de l'élève, puisant mon courage dans sa détermination.

« J'ai aussi cette sensation que les autres, ici, n'ont pas la même... substance ? C'est... difficile à définir, mais en effet, j'ai l'impression parfois d'être le seul ici parmi les professeurs à... »

J'hésite, un peu honteux de cette affirmation prétentieuse.

« ... à réfléchir. À penser. À ne pas me contenter d'un rôle de marionnette. À disposer de libre-arbitre. Je ne trouve pas plus de vie chez les élèves. C'est comme si nous vivions au milieu d'une pièce de théâtre absurde, qui se joue sans nous, sans notre avis, sans queue ni tête. »

Je devine, instinctivement, que ce sentiment qui me hante depuis des jours, des semaines, est bien celui que partage mon interlocuteur. Élève ou professeur, rien n'a plus d'importance. Je ne suis plus seul ici. Peut-être qu'à nous deux, nous pourrons échapper à la folie.

« Pensez-vous comme moi que nous n'avons pour ainsi dire pas notre place ici ? Perdus au milieu des personnages, ni acteurs ni spectateurs... »

* ... que sommes-nous ?... *

Peu importe la différence d'âge. Je sens que Haruhi perçoit les choses, bien plus que moi. Je me sens prêt à me remettre entre ses mains.

« Si vous pensez que je peux faire quelque chose... je suis avec vous. »
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